Lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, le ballon officiel a cessé d’être un simple objet de jeu pour devenir un instrument de mesure. Voici ce que contenait réellement l’Al Rihla, ce que la technologie a permis de trancher, et où s’arrêtait sa compétence.
- Le ballon : Al Rihla, fabriqué par Adidas, « le voyage » en arabe.
- Le capteur : une centrale inertielle (IMU) qui relevait le mouvement du ballon 500 fois par seconde.
- Les caméras : douze caméras de suivi dédiées, sous le toit du stade.
- L’usage : hors-jeu semi-automatisé et vérification des sorties de balle.
Le ballon connecté baptisé « Al Rihla » — « le voyage » en arabe — a été retenu par la FIFA pour les matches de la Coupe du monde 2022. Selon la fédération, son design s’inspire des bateaux traditionnels, de la culture, de l’architecture et du drapeau qatariens. La Coupe du monde 2022 a servi de vitrine à plusieurs innovations de captation, mais celle-là a laissé la trace la plus durable : quatre ans plus tard, c’est le principe qu’elle a inauguré, et non le ballon lui-même, qui est resté.
Un ballon connecté extrêmement précis #
Avant le coup d’envoi, l’Al Rihla n’était pas seulement gonflé : il devait être rechargé puis appairé aux autres appareils d’aide à l’arbitrage. Un ballon de match n’était donc plus interchangeable à l’infini — chaque exemplaire mis en jeu était un capteur actif, suivi individuellement.
Ce que mesurait le capteur
Au centre du ballon, un système de suspension maintenait une centrale inertielle — un inertial measurement unit, ou IMU — qui enregistrait les nuances du mouvement dans l’air. Le capteur a été développé par la FIFA avec l’entreprise munichoise Kinexon. Sa cadence de relevé : 500 fois par seconde. C’est cette fréquence qui fait toute la différence, car elle permet d’isoler l’instant exact d’un contact pied-ballon, qu’un flux vidéo classique noie entre deux images.
Comment le ballon et les caméras se complétaient
Douze caméras de suivi dédiées, réparties sous le toit de chaque stade, filmaient joueurs et ballon 50 fois par seconde en relevant jusqu’à 29 points sur le corps de chaque joueur. Ces deux flux ne mesuraient pas la même chose et c’est précisément ce qui les rendait complémentaires : les caméras donnaient la position des corps dans l’espace, le ballon donnait l’instant du contact. Un hors-jeu se juge à la rencontre des deux — où se trouvait l’attaquant au moment précis où le ballon a été joué.
Le rapport de un à dix entre les deux cadences n’est pas un détail : à 50 images par seconde, deux images successives sont séparées de 20 millisecondes, un intervalle pendant lequel un ballon frappé parcourt facilement plus d’un demi-mètre. Le capteur, dix fois plus rapide, comble ce trou. Les arbitres assistants recevaient un flux continu d’images et de données, doublé d’une reconstitution en 3D de l’action — qui a aussi offert aux diffuseurs des angles inédits.
Deux usages sur le terrain
Un ballon qui met fin aux débats arbitraux ? #
Non — et il faut être clair sur ce que le dispositif ne fait pas. Il mesure des positions et des instants. Il ne dit pas si une main est « volontaire », si un contact mérite un penalty, ni si une décision respecte ce qu’on appelle l’esprit du jeu. Sur ces questions, la technologie pourrait révolutionner la précision sans jamais remplacer le jugement.
À lire Amazon prévoyait un magasin de rabais contre Temu et Shein : c’est devenu Amazon Haul
Reste que sur le périmètre qui est le sien, le bilan penche nettement du bon côté. La technologie a clarifié quantité de situations litigieuses, elle a réduit le temps d’attente sur les hors-jeu serrés, et elle a rendu la décision explicable : la reconstitution 3D diffusée dans le stade montre au public sur quoi l’arbitre s’est appuyé, ce qui désamorce une bonne part de la contestation.
Ce que le ballon connecté a laissé derrière lui
Il faut aussi rappeler que l’Al Rihla n’a pas joué toute la compétition. À partir des demi-finales, du match pour la 3ᵉ place et de la finale, Adidas lui a substitué l’Al Hilm — « le rêve » — aux tons dorés, équipé de la même technologie. C’est donc avec l’Al Hilm que s’est jouée la finale du 18 décembre 2022, remportée par l’Argentine face à la France aux tirs au but.
- L’Al Rihla d’Adidas a été le premier ballon de Coupe du monde équipé d’un capteur de mouvement au service de l’arbitrage.
- 500 relevés par seconde côté ballon, 50 images par seconde et 29 points corporels côté caméras : c’est le croisement des deux qui date un hors-jeu.
- L’apport réel est le temps et la lisibilité autant que la justesse : décision plus rapide, et surtout visualisable par le public.
- Le périmètre est étroit : positions et instants, rien d’autre. L’interprétation des fautes reste entièrement humaine.
- L’Al Hilm, doté de la même technologie, a pris le relais à partir des demi-finales.